Depuis de nombreuses années, le cerveau est au centre de la recherche. Cet organe complexe regorge de multiples mystères. Longtemps, l’on a considéré qu’il était un ensemble homogène et informe. Pourtant, Paul Broca (1824-1880) révolutionnera les neurosciences, en affirmant que le cerveau est divisé en plusieurs zones, chacune étant attribuée à une fonction spécifique. Sa découverte est née à la suite de l’analyse du cerveau d’un patient que l’on surnomme aujourd’hui « TAN-TAN ». Atteint d’une lésion cérébrale, ce dernier avait perdu la fonction de la parole. Ainsi s’il comprenait lorsqu’on lui adressait la parole, il était en revanche dans l’incapacité d’énoncer d’autres mots que la syllabe « TAN ». Dès lors, M Broca a déclaré que puisque la lésion se trouvant dans cette zone lui avait fait perdre la parole, alors cette zone que l’on nomme désormais « aire de Broca » était forcément celle du langage. A partir de cette découverte, les années de recherche qui ont suivi ont poursuivi cette lignée et cette approche « localisationniste » a dominé les neurosciences durant plus de cinquante années.

Malheureusement, sa théorie était en partie erronée. Notre fabuleux organe est bien plus complexe qu’il l’imaginait…

Aujourd’hui, nous avons la certitude que notre cerveau est modulable. C’est-à-dire, qu’il se réorganise en permanence. Ainsi, les zones corticales spécialisées, sensorielles et motrices ont la capacité de se développer, de disparaitre et même de se remplacer entre elles ! Lorsque l’on apprend à faire quelque chose de nouveau, nos neurones se développent et créent de nouveaux liens (synapses) avec pour objectif l’adaptation à cette nouvelle « mission ». Autre exemple, si un accident nous fait perdre une sens, le cerveau se réadapte et développe d’avantage les autres sens pour compenser cette perte. Cette faculté de modelage, se nomme « plasticité ». Paul Broca était bien loin d’avoir cerné toute la complexité de votre organe (et nous non plus d’ailleurs!). C’est ainsi, qu’en cas de lésion cérébrale, une tumeur ou encore une balle dans le crâne, notre organe se réadapte autrement afin de préserver au maximum ses capacités, autrement dit, l’on peut affirmer que de cette façon il est en mesure de se réparer de façon autonome. Ce qui rend notre cerveau encore plus étonnant, est que contrairement à d’autres organes, tels qu’un poumon ou un foie, il est propre à chacun d’entre nous.

Il existe autant d’organisations cérébrales que d’êtres vivants.

Concernant l’aire de Broca évoquée plus haut, Paul Broca n’avait pas tout à fait tort, puisqu’en effet il existe bien en chacun de nous des zones cérébrales destinées à diverses fonctions. Cependant, il affirmé que ces dernières étaient immobiles, la fameuse approche « localisationniste ». En réalité ces aires ne sont ni cloisonnées, ni rigides. Longtemps, l’on a pensé que dès lors qu’une zone était atteinte, il n’y avait plus grand-chose à faire, que la faculté destinée à cette zone était définitivement endommagée. Mais grâce aux récentes recherches, l’on sait que le cerveau ne manquera pas de se réadapté pour combler l’absence d’utilisation de cette zone. C’est dans cette optique, que travaille le professeur et neurochirurgien français Hugues Duffau. Traditionnellement, pour opérer une tumeur cérébrale, le chirurgien tente de retirer le maximum de la tumeur sur le patient sous anesthésie générale, après quoi il espère qu’aucune zone ne sera endommagée ou peu, afin de l’individu préserve ses facultés.

Hugues Duffau emploie une technique tout à fait différente.

Le patient est dans un premier temps sous anesthésie générale, pour l’ouverture de sa boîte crânienne. Les techniques actuelles d’anesthésie permettent de réveiller le patient en une dizaine de minutes, c’est ce que fait l’anesthésiste. Il faut savoir, que le cerveau est capable de percevoir les douleurs sur l’ensemble de notre corps, mais paradoxalement, pas sur lui-même. Ainsi, lors du réveil le patient ne ressent pas la moindre douleur. Le patient étant désormais réveillé, le chirurgien Hugues Duffau teste les différentes zones du cerveau par de légères simulations électriques. En même temps, l’on montre au patient diverses images ou mots, que le patient doit désigner avec un signe de la main ou en les énonçant à haute voix. Si lors d’une stimulation ce dernier se trouve dans l’incapacité de prononcer un mot, alors le chirurgien sait qu’il ne faut surtout pas toucher à cet zone. Cela permet au chirurgien de savoir exactement par où passer pour atteindre la tumeur et de délimiter la partie de la tumeur qu’il peut retirer ainsi que celle qu’il ne peut pas, sous peine d’endommager sérieusement le cerveau du patient. Chaque fois que le chirurgien « s’enfonce » dans le cerveau, il réalise à nouveau des simulations et ainsi de suite.

Le résultat de cette technique est exceptionnel puisque le patient ne perd aucune de ses facultés. Le chirurgien a même réalisé une opération pendant qu’un patient jouait d’un instrument de musique pour éviter qu’il ne puisse plus jouer. La tumeur n’est ici pas retirée dans son intégralité, du moins très rarement. Mais comme cela a été dit précédemment, le cerveau se remodèle ensuite pour combler la perte de la partie du cerveau qui a été retirée, et le patient qui été condamné, gagne encore une dizaine d’années de vie supplémentaires, au terme desquelles, le chirurgien réalise à nouveau la même opération. Cette technique a valu à Hugues Duffau un prix Nobel et désormais, nombreux sont les patients du monde entier atteints d’une tumeur, qui se rendent à Montpellier pour avoir l’opportunité d’être opéré par ce prestigieux chirurgien.

Pour d’avantage d’informations, voici une vidéo de l’opération réalisée dans le cadre d’un reportage, ainsi que le lien du passionnant livre « L’erreur de Broca » d’Hugues Duffau.

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